Gilet hongrois en peau de mouton,
orné de broderies de laine au passé plat et d'applications de peau.

L'art textile en Hongrie

Pays de vastes plaines sillonnées par le Danube, la Hongrie s’enorgueillit d’une très ancienne tradition de broderie qui remonte à la fondation du pays, pendant le haut Moyen Age.

La broderie médiévale – La chasuble d’Etienne Ier, qui fut, en l’an mille, le premier roi couronné de Hongrie, est l’un des plus anciens ouvrages de l’art textile hongrois ; il servit ensuite de manteau de couronnement à tous les monarques du pays. Selon la légende, ce véritable joyau de la broderie européenne aurait été créé par des moniales sous la direction de la reine Gisèle. De nos jours, on attribue plutôt cette œuvre à des brodeurs professionnels originaire d’Allemagne méridionale, mais il est certain cependant que les souverains en question encouragèrent vivement l’activité d’importants ateliers de tissage et de broderie.

Aux XIVème et XVème siècles, les brodeurs appartenaient, en Hongrie comme partout en Europe, à une profession des plus prospères. On a ainsi conservé de somptueux textiles liturgiques de soie ou de velours, brodés de portraits du Christ, de la Vierge et des saints, des broderies d’or, des peintures à l’aiguille et des broderies en relief incrustées de perles, inspirés des styles gothique puis Renaissance.

Le règne de la broderie « noble » - Au XVIème siècle, une broderie typiquement hongroise se développa, dans un pays alors divisé et considérablement plus vaste que le territoire actuel, puisque toute la partie septentrionale appartient aujourd’hui à la République Tchèque et que la Transylvanie est entièrement roumaine. La situation politique de cette époque donna aux femmes un rôle prépondérant : en 1526, le pays fut partagé en deux royaumes concurrents, gouvernés par Ferdinand de Habsbourg à l’ouest et par Jean Zalpolyai à l’est ; en outre, la partie centrale fut occupée par les Turcs à partir de 1541. Tandis que les hommes se battaient contre les Autrichiens ou contre les Turcs, leurs épouses géraient donc fermes et manoirs, organisés autour de nombreuses cours provinciales. Les jeunes filles travaillaient à leur trousseau et aux ouvrages d’aiguille dont elles faisaient don, selon la coutume, à leur fiancé. Les mariages étaient l’occasion d’offrir aux invités des foulards et des chemises brodés par leurs soins. Soies coûteuses et autres matériaux étrangers voyageaient dans les boîtes des colporteurs ou dans le paquetage des maris revenant de guerre. Motifs, modèles et brodeurs professionnels passaient de maison en château.

Cette broderie « noble » décorait toutes sortes de fins textiles de lin ou de soie : costumes, linge de table et de maison, draperies, étoffes liturgiques. Même les selles, harnais et protections de montures foisonnaient d’ornements. Certains ouvrages, exécutés le plus souvent sur des étoffes épaisses, étaient le fait d’artisans professionnels ; les autres étaient réalisés par les femmes de l’aristocratie secondées par leurs couturières et par leurs esclaves turques, expertes en cet art. Ces femmes maniaient des fils de soie ou de métal précieux, pour composer des harmonies de rouge lie-de-vin ou de vert associé au doré et à l’argenté. Inspirées de la Renaissance italienne, des compositions symétriques de tulipes, grenades, palmettes et œillets, embellies de guirlandes variées, ornaient le centre et les coins des nappes. La technique était influencée par le savoir-faire turc ; on travaillait au point de croix et au point de Hongrie, sorte de passé plat aux effets chatoyants, employé pour le remplissage multicolore de rangées en zigzag.

L’apothéose d’un art d’élite – En marge de cette forme prédominante d’ouvrages à l’aiguille, la Hongrie vit également le développement de diverses broderies blanches, composée de points de nœud et de jours aux angles adoucis. D’autre part, les draps et les nappes d’autel étaient souvent ornés de bandes en filet, où l’on retrouvait le décor traditionnel des broderies hongroises, enrichi de scène bibliques. Le linge de maison pouvait aussi être cerné de dentelle blanche au point de toile ; ces bordures aériennes rappelaient les anciennes dentelles italiennes et flamandes, tout en conservant les motifs magyars typiques.

A partir du XVIIIème siècle, le décor de ces ouvrages devint de plus en plus somptueux, en même temps que leur esthétique épousait l’esprit baroque ; plus tard, cette tendance fut évincée par les nouveaux styles artistiques venus de l’ouest : Empire et Biedermeier, notamment. Au cours du XIXème siècle, l’importance de la broderie décrut peu à peu dans les classes aisées, tandis que cette activité s’épanouissait dans les milieux modestes.

La tradition populaire – Les plus anciennes broderies populaires hongroises qui nous soient parvenues datent du XVIIIème siècle. Bien que réalisées, souvent avec de la laine, sur des étoffes moins coûteuses, filées et tissées à la ferme, elles rappellent cependant la broderie « noble ». La ville de Kalotaszeg, en Transylvanie, est à l’origine d’une forme de broderie ancienne plus originale appelée irásos (ce qui signifie « écrit » ou « dessiné »), travaillée dans un très gros point de chaînette.

Au XIXème siècle, une véritable culture de la broderie hongroise se répandit dans les villages. On la mit très fréquemment en œuvre sur des supports de cuir, en l’associant à des applications en peau, pour embellir les vestes et les gilets du costume traditionnel. D’autre part, la technique matyó obtint un immense succès avec son fond noir entièrement recouverte de tulipes, de roses et d’œillets. La broderie kalocsa gagna également le cœur des brodeuses, grâce au mariage de ses motifs floraux avec une broderie ajourée aussi légère qu’une dentelle.

Les autres formes d’art textile – La dentelle hongroise revit aujourd’hui grâce au travail effectué au début du siècle par des associations de soutien au travail manuel, et dont la plus belle réussite est probablement la dentelle à l’aiguille de Halasi. Travaillés au point de toile sur un fond au point de grille, les ouvrages de Hunnia se caractérisent quant à eux par des motifs en forme de cœurs, d’animaux et de plantes.

De la richesse vestimentaire passée, enfin, la Hongrie a conservé divers éléments qui se sont combinés pour composer le costume populaire national, encore présent lors des fêtes et des manifestations folkloriques. Longtemps caractérisé par sa sobriété et la prédominance des tons naturels du lin et des peaux de mouton, le costume paysan s’est égayé des couleurs les plus vives et d’abondantes broderies dans la seconde moitié du XIXème siècle. Les étoffes sont blanches ou bien noires, ces dernières étant particulièrement de mise les jours de fêtes, surtout lors des noces. L’influence orientale de la Turquie se manifeste dans les hautes bottes de cuir portées par les deux sexes, les culottes longues et étroites des hommes et les capes en peau de mouton décorée dont ils s’entourent élégamment les épaules. Généreusement brodés, le gilet et le tablier (koteny) complètent l’habillement masculin. Les vêtements des femmes sont hauts en couleur ; elles portent des chemises et des jupes très larges avec de nombreux jupons, ainsi que des gilets et des vestes de peau brodés, et se nouent un fichu autour du cou. La coiffe traditionnelle – ou parta -, arborée les jours de fête par les jeunes filles, associe broderie et dentelle ; elle est enrichie d’une couronne de fleurs et d’un flot de galon et de rubans multicolores.

Source : « Autour du fil, l’encyclopédie des arts textiles », Editions Fogdtal, Paris, 1990, volume 11.

Voyage à Budapest
Hongrie - mars 2008

Quelques jours à Budapest pour connaître la broderie locale.

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Le Néprajzi Muzeum, musée ethnographique, présente des tableaux grandeur nature de la vie des Hongrois ainsi que l'art textile au quotidien. Pour visiter leur site, cliquez ici.
Le Folkart Centrum Népmüvészet présente les broderies issues des différentes régions de la Hongrie et leur site, assez complet mais, malheureusement, en hongrois, donne un aperçu de la richesse textile du pays. Pour visiter le site, cliquez ici .

Il est possible également de se procurer des broderies au marché central de Budapest :


Des maisons d'édition diffusent, en anglais, les techniques des differentes broderies hongroises :

 
 

Lors d'une fête médiévale au Château de Budapest, vidéo d'une petite bagarre au "coton tige" :


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